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Publié par LAS SIRENAS

Sous la plage, les pavés du tourisme de masse ?

La mort annoncée du tourisme de masse, authentique nuisance pour les territoires-paillassons, tarde à venir. L’été superficiel pète encore la forme.
Graffiti urbain - Barcelone, 2008 Graffiti urbain - Barcelone, 2008

Les touristes des Pyrénées-Orientales sont des Français (à 88%), qui viennent avec leur voiture (93%), consomment seulement 37,10 euros par jour, contre 64,60 euros pour les étrangers, et veulent surtout consommer du littoral, pour 60% des séjours. Ce business considérable représente plus de 33 millions de nuitées, soir 1,5 milliard d'euros injectés dans la consommation, maintenant près de 18.000 emplois*. Ces chiffres tordent le cou à l’idée reçue d’une disparition naturelle du tourisme de masse, inventé quelque part dans les tuyaux de l’Etat, sans participation des « acteurs locaux » quant à son choix. Ce tourisme, massif et fortement critiqué, a la vie dure, il suffit d'observer certaines stations balnéaires héraultaises ou de la Costa Brava pour relativiser : dans les languedociennes se perçoivent les limites de la politique touristique française lancée dans la France du Général de Gaulle, dans les sud-catalanes transpirent les méfaits de la politique touristique du ministre du Tourisme du général Franco, Manuel Fraga. Ce modèle touristique, pensé et conçu dans les années 1960, mis en place en France par la Mission Racine, a de beaux jours devant lui en Catalogne du Nord : en 2007, un parc aquatique installé à Saint-Cyprien figurait en deuxième position des sites touristiques les plus fréquentés, avec 171.000 visiteurs, seulement devancé par le train jaune, avec 195.000 passagers.

De l'arrière-pays à l'avant-garde...

En 2008, la palme de la fréquentation touristique en Pays Catalan revenait au Musée d'Art Moderne de Céret, avec 100.035 visiteurs : l’art difficile occupait le devant de la scène, loin de la plage. Victoire ? Cette performance est probablement liée à la richesse des collections, car seulement 13 % des séjours ont lieu à l'intérieur des terres, dans cette zone de plaine et de piémonts. Mais on ne peut pas vraiment parler d'une politique volontariste dans le développement touristique de l'arrière-pays. Le type d'hébergement le mieux adapté à cette zone semble être le gîte rural, mais que dire à la vue du nombre de 630 gîtes actuellement recensés dans le département des Pyrénées-Orientales, pour une capacité approximative de 2.600 lits, soit moins de 0,5 % de la capacité totale, tandis que les voisins de l'Aude et de l'Ariège en comptent respectivement 668 et 1126, pour une population cumulée de seulement 500.000 habitants, contre 440.000 en Pays catalan ? En réalité, plus de la moitié de la capacité en lits revient aux résidences secondaires, qui se situent quelquefois dans l’arrière-pays. Autant dire que les hôteliers et gérants de campings se font damer le pion par les agents immobiliers, parmi les premiers bénéficiaires du tourisme catalan du Nord : les touristes viennent chercher le soleil, et dès qu'ils y sont, ils nous piquent l'ombre !

Faut-il laisser les touristes en prison ?

Le touriste reste près de la mer, avec peut-être de bonnes raisons à fuir l'hospitalité légendaire de l'autochtone... S’il sort, c’est sans mélange avec la population, comme à Argelès, où les Hollandais se retrouvent entre eux, dans des bars dont le personnel ne parle parfois ni la langue de Ramon Llull ni celle de Molière, dans un mal qui pourrait s'appeler le "syndrome d'Eivissa". Il ne faut donc pas être surpris si bien souvent la colline des loisirs, à Canet est l'Olympe de l'estivant et que le Canigou reste le nom d'une pâtée pour chiens. Certes les "Sky Tracer" des discothèques sont plus visibles la nuit que les vieilles tours à signaux, mais ces dernières sont-elles suffisamment "éclairées" le jour ? Cependant, une autre pathologie encore plus lourde est à noter, il s'agit du "grand renfermement". On n'enferme plus les pauvres, les malades mentaux et les réfugiés, comme autrefois, mais l’enfermement des touristes est consenti, au camping, parfois installés, à Argelès, strictement au même endroit que les camps de concentration de la Retirada de 1939, également à l’air libre. Les Pyrénées-Orientales ne sont pas si éloignées, dans ce fonctionnement, de la Tunisie et du Maroc, résumés à Hammamet et à Agadir, mais pas aux régions réelles. Ici aussi, on construit une société parfaite, un paradis sur plage, dont les Catalans sont évidemment exclus.


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