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Publié par LAS SIRENAS

"La police est un instrument de reconstruction nationale"

25 ans après le processus qui a donné à Catalogne Sud une police propre, le promoteur des nouveaux Mossos d’Esquadra, Miquel Sellarès, détaille leur histoire.
Miquel Sellarès, Miquel Sellarès, "Monsieur sécurité" en Catalogne du Sud

 

Formé dans les milieux antifranquistes, Miquel Sellarès est une exception au sein de la politique sud-catalane, car il est spécialiste d’une question très inhabituelle d’un point de vue national catalan : la Sécurité. Indépendantiste depuis toujours, chef des services d’ordre des grands manifestations pro-autonomie, les 11 septembre 1976 et 1977 à Barcelone, M. Sellarès a encouragé en 1983, à la fin de la première législature du Président Jordi Pujol la création de la police sud-catalane, à partir du corps historique des Mossos d’Esquadra, malgré l’opposition de la classe politique de Barcelone, et bien évidemment de Madrid. Cette personnalité atypique, qui a occupé, pendant quelques mois, en 2003, le poste de Secrétaire de la communication du gouvernement du Président Pasqual Maragall, a créé en 1998 le Centre d’Études Stratégiques, un think tank consacré aux questions militaires et sécuritaires. Présent ce mois d’août à l’Université Catalane d’Été de Prades, où il a évoqué son livre « Un pas endavant. La història dels Mossos que mai s’ha explicat » (Un pas en avant : l’histoire des Mossos telle qu’elle n’a jamais été racontée), publié par l’Editorial Mina en 2008.

La Clau : 25 ans après la création des nouveaux Mossos d'Esquadra, désormais entièrement déployés sur la Catalogne du Sud, la perception populaire de la police, rendue négative par les dictatures espagnoles, a-t-elle changé ?

Miquel Sellarès: Il n'y a pas de pouvoir sans pouvoir coercitif. La Catalogne (ndlr. Catalogne du Sud), dans son processus de reconstruction nationale, a besoin d'une police propre, démocratique, catalane, au service de ses institutions nationales. Par exemple, dans les pays nordiques, l'agent de police est un voisin admiré et aimé, parce qu'il travaille pour l'ensemble de la société. L'idée est que le « mosso » et la « mossa » vivent auprès de la population, et non isolés dans des quartiers comme le faisait la Guardia Civil. Changer la perception dont vous parlez est un travail d'années.

Qu'un rôle doit jouer la police sud-catalane sur des phénomènes comme les maffias internationales ou le jihadisme?

Les Mossos sont une petite police, mais la police nationale espagnole est tout aussi petite, comme le sont la Gendarmerie ou les Carabinieri. Écoutez… Les autorités espagnoles sont toujours tentées de considérer les Mossos comme les « shérifs » du territoire et de se considérer elles-mêmes comme les « fédéraux », mais toutes ont à résoudre les problèmes importants, comme le FBI aux USA. Les Mossos sont une police intégrale, qui travaille avec les autres, à parts égales, et ne doivent avoir qu'Europol et Interpol au dessus d’eux.

Existe-t-il un autre État que le Royaume d’Espagne, où une police a été créée, dans une volonté d'être un corps intégral, et avec la méfiance du gouvernement central ?

Le cas belge peut s’en approcher, avec une police wallonne et une police flamande...

Mais la Belgique est un état confédéral, reconnu pour toutes les parties...

Oui, ce n’est peut-être pas un cas semblable. Mais il faut apprendre à vivre avec cette instabilité, et, pour avancer, profiter des situations de minorités parlementaires au sein des Cortes espagnoles. La police est un instrument de reconstruction nationale et de reconquête de la souveraineté.

Les Mossos d'Esquadra agissent de facto sur tout le territoire sud-catalan, dans tous les domaines… Mais la loi organique espagnole à laquelle ils restent soumis les rend auxiliaires des corps de sécurité espagnoles…

C’est le talon d'Achille de notre police. Je crois que la classe politique est consciente qu'il faut changer cette situation car cette loi organique complique la croissance de notre police. Tous les conseillers (ndlr. ministres) de l’Intérieur (ndlr. du gouvernement catalan, la Generalitat de Catalunya) ont assumé leurs fonctions en nourrissant un complexe envers les possibilités de ce corps, mais ils en sont tous tombés amoureux car notre police est professionnellement très compétente.

Le fait que la police sud-catalane se soit déployés à l'issue d'âpres négociations entre le gouvernement catalan et le gouvernement espagnol a provoqué la politisation d'une question aussi sensible que la Sécurité...

Les Mossos d'Esquadra n'ont été pas la police de CiU (coalition centriste dirigée par Jordi Pujol, Président de la Generalitat entre 1980 et 2003), ni du PSC (socialistes), pas plus que d'Iniciativa per Catalunya (post-comunistes et écologistes). Les Mossos sont une police au service des institutions nationales. Écoutez, l'actuel Secrétaire à la Sécurité de la Generalitat, Joan Delort, est souvent critiqué parce qu'il a détenu des responsabilités au sein de gouvernements de couleurs politiques variée. L'idéal serait de ne plus avoir de "Joan Delorts", en créant un État qui fabrique de hauts fonctionnaires aptes à travailler avec les gouvernements, en dehors de leur couleur politique.

Les Mossos d'Esquadra doivent également contenir la pression des médias espagnols, qui mettent en avant leurs erreurs, sans faire de même avec celles de la Police Nationale espagnole i la Guardia Civil...

Écoutez, actuellement la guerre existe dans les médias. Mon bon ami Carod-Rovira (ndlr. Du parti social-démocrate ERC - Gauche Républicaine de Catalogne) parle d'indépendance pour 2014. Très bien, mais je me demande bien avec quels médias nous la ferons... La Catalogne du Sud ne dispose pas de médias pour disputer cette bataille. C'est un problème sérieux.





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