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REFLEXION DU MAIRE DE LA JONQUERA

Village en 1993, fourmilière commerciale en 2010, La Jonquera profite à fond de la construction européenne. La commune compte 2200 habitants dont 30% d’étrangers et surtout 5000 emplois, au centre de l’axe Perpignan-Girona. Son maire depuis 1999, Jordi Cabezas, est fier d’avoir mené une politique ultra-commerciale qui profite au capital local tout en menaçant le commerce du Roussillon.

 

Lorsqu’on arrive à La Jonquera par le nord, on a vraiment l’impression d’entrer au Mexique… 

Oui, je comprends cette impression, mais notre explosion commerciale, depuis 1995-1996, s’est produite grâce et à cause des gens du nord ! En 1993 la frontière a disparu, mais, en fait, elle est restée, car la différence de prix continue et les gens du nord continuent à venir ici pour consommer dans les restaurants, acheter des cigarettes, de l'alcool... Notre situation géographique est une chance, par la différence de prix des produits entre la Catalogne sud, la Catalogne nord et la France, car viennent ici des gens de tout le sud de la France. Cette différence de prix a assuré un développement de l'activité commerciale. Les entrepreneurs locaux, le capital local, ont cru en ce changement que proposait la Mairie, en mettant à disposition des terrains municipaux, pour un prix très symbolique, presque donné. Du coup, nous avons 400 commerces, 46 restaurants, 16 stations-service, 16 supermarchés de plus de 1000 mètres carrés, et trois polygones commerciaux : le mas Morató, le polygone de Vilella et le polygone de Les Oliveres, qui disposera bientôt d’un centre commercial de type « outlet ». Mais songez qu'il y a 30 ans il y avait des champs et des jardins potagers, avec des vaches, en lieu et place des zones commerciales actuelles. Au-delà de tout cela, nous sommes un village doté d’une société active, avec de nombreuses associations, un marché tous les samedis, et huit ermitages... nous sommes la capitale du massif des Albères, car nous détenons la partie la plus importante du Parc Naturel du massif, mais, c’est vrai, tout le monde ne sait pas tout cela. 

La situation ne vous échappe pas un peu quand-même ? 

Un peu, oui. Certains habitants n’aiment pas La Jonquera s’aujourd’hui, mais cette situation s’est produite parce que s’était écrit dans l’histoire, car nous avons la situation géographique que nous avons. Nous deux entrées et sorties vers l'autoroute, ce qui constitue un cas à part et convient très bien à l'économie. Personnellement, je préfèrerais avoir un village différent, mais celui que vous voyez est celui que nous avons. On ne peut pas mettre de bâtons dans les roues de l'activité économique. Songez que toutes les stations-service d’ici sont installées sur des terrains qui appartiennent à des entrepreneurs de la commune. Le capital est dont d’ici, très majoritairement. 

D’une certaine manière, vous revendiquez la frontière ? 

Non ! Tous les ans, nous organisons la vérification des bornes-frontière, car la France et l'Espagne nous y obligent, mais il s’agit pour nous d’un acte d'amitié avec les villages voisins de Sorède, Le Perthus, Maureillas et Saint-Jean de l’Albère, et nullement d’une revendication de la frontière. Pour moi, la frontière n'existe pas, ou ne devrait pas exister. Mais l'économie est très différente de la politique et du coeur. 

Ces derniers mois, Perpignan, La Jonquera et Girona se disputent l’implantation d’Ikea... 

On sait peu de choses au sujet d'Ikea. Nous avons des terrains privés à disposition, ils peuvent venir. Le lieu et la situation leur plaisent, car nous sommes très près de la France et de l'autoroute, sur un central entouré de plus d'un million et demi de clients potentiels, de Girona à Béziers. Et, surtout, La Jonquera dispose d’un label de ville touristique, ajouté à la qualité de ville frontalière, ce qui permet l’ouverture des commerces les dimanches et jours fériés. Cet immense avantage, que Perpignan et Girona n'ont pas, représenterait 20% d'activité économique supplémentaire pour Ikea, car les clients circulent davantage le dimanche. Avec cet argument-massue et bien d’autres projets commerciaux, nous avons un grand avenir. 

L'aéroport de Girona a affaibli celui de Perpignan, La Jonquera ponctionne des clients au Roussillon… Êtes-vous nos ennemis économiques ? 

Sûrement, mais sans le vouloir. Dès 1993 nous avons compris qu'il fallait amorcer un changement d'activité économique, et les entrepreneurs du village ont suivi la Mairie. Mais tout est arrivé progressivement, et cela va continuer. Imaginez qu’en 1993, avec l'ouverture de la frontière, nous avons perdu 300 habitants, puisque le 1er janvier 1993 environ 800 personnes qui travaillaient ici se sont retrouvées au chômage, suite à la crise des 80 entreprises de douanes. J’étais moi-même gérant d'un bureau de douanes et j’ai perdu mon travail. Notre Mairie, bien plus que le Gouvernement catalan et l'État espagnol, a œuvré pour notre reconversion commerciale, après avoir essayé une reconversion industrielle, qui n'a pas fonctionné, par manque de tradition dans la région de l'Empordà. Vous vous rappelerez peut-être que, pendant quelques, mois les camions passaient par l'autoroute sans s’arrêter, mais nous sommes arrivés à les faire s’arrêter de nouveau, en lançant ce grand changement économique. Aujourd’hui, nous sommes en concurrence avec le Roussillon, car nous partageons un même espace économique, et, à l'avenir, notre économie serait encore plus prospère. De nombreuses personnes de Catalogne nord viennent monter leur entreprise ici, car elles savent que nous sommes un pays qui a un avenir. 

Vous ne craignez pas des sentiments négatifs du Roussillon à votre égard ?

A mon avis, le Conseil Général des Pyrénées-Orientales, la Mairie de Perpignan et toutes les autres communes, proches de la nôtre, voient en nous une chance de coopération en tous genres. Mais de toute façon, la même situation existe en Belgique, où l’on trouve de nombreuses communes comparables à La Jonquera, où gens du nord de la France vont faire leurs courses. Il y a quelques ans, il était impossible d’imaginer que des jeunes de Perpignan ou du Boulou viennent travailler à La Jonquera, alors qu’aujourd’hui, la plupart des employés de nos magasins sont des citoyens français. Pour nous, c’est absolument normal, alors que nous pourrions nous plaindre, car notre taux de chômage est plus élevé que le taux français… 

Dans la longue chaîne de communes entre Perpignan et Girona, quelle place voulez-vous occuper ?

Nous serons un espace central, comme Figueres, entre Perpignan et Girona. Le seul problème est que nous n'avons pas de gare, à l’inverse de ces trois villes. Mais nous disposerons possiblement d’un troisième accès à l'autoroute, suite à la mise à 2X2 voies de la nationale II. Cela devrait renforcer notre économie, car nous savons que l’harmonisation européenne peut constituer une menace, lorsque les prix, les impôts et la TVA seront équivalents partout, mais ce sera très long, peut-être en 2025 ou en 2030. A ce moment-là, nous aurons créé une activité économique qui n'existera pas au Perthus ou au Boulou, nous nous appuierons donc sur une tradition. Regardez, ici, à La Jonquera, nous sommes en train de monter un outlet de plus de 100 magasins de vêtements et d’équipements de maison. Ce genre de choses n’existe pas en Catalogne nord, et, même si les prix deviennent les mêmes, les gens continueront à descendre ici. 

Vu de La Jonquera, quel est le problème du Roussillon ? 

Mis à part que je considère que c'est aussi mon pays, avec lequel je maintiens des liens personnels et politiques très forts, dans une solidarité permanente, je pense que le problème du Roussillon est qu’il se trouve au sud de la France, c'est-à-dire très loin de Paris. L'État n'investit pas donc suffisamment dans ses infrastructures, exactement comment cela se produit ici, par rapport à Madrid.

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